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Track Details & Info
| Song Title | : Les Derniers Jours de Charles Baudelaire | Bernard-Henri Lévy |
| Artist / Channel | : Prof. Angela F. Perricone Pastura |
| Audio Duration | : 27:43 Min |
| File Size | : 38.06 MB |
| Audio Bitrate | : 192 kbps High Quality |
| Release Date | : July 07, 2024 |
| Total Streams | : 74 views |
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Official Description & Notes
Il pense à la ville aussi. Il pense à cette ville qu'il a aimée, chantée, célébrée. Il pense à la majesté de sa pierre, à l'ivresse de ses paysages, au « charme compliqué d'une capitale âgée ». Il pense aux obélisques de l'industrie, aux temples du commerce urbain, à ses flâneries, ses fouleries - à la formidable liberté qui fut la sienne dans l'atmosphère galvanique des grandes villes. Et puis il pense à l'étrange retournement, opéré il y a trois jours et qui, annulant en quelque sorte quarante années de vraie passion, fait que sur le visage de cette ville il ne sait plus voir que deuil et désolation. Est-ce Shelley qui avait raison? Méryon, le pauvre Méryon - celui que la ville a rendu fou? Était-ce là ce que disait Poe dans ses mystérieuses diatribes, dont il saisit seulement le sens, contre l'horreur de l'homme des foules? Et devra-t-il admettre, lui aussi, que la poésie urbaine était un leurre où il n'aurait que trop participé? Peut-être. Peut-être pas. Dans le doute, et jugeant la question d'importance que serait son œuvre sans cette ivresse de la ville?, il a demandé au couple Lepage de lui quérir un plan de Paris. Sur ce plan, depuis son lit, il essaie, autant qu'il peut, de retrouver son amour de la grande ville.
Il faut tenter de l'imaginer dans cette chambre, sur ce lit, avec son plan sur les genoux. Les volets sont clos. Les rideaux tirés. Il se garde bien, cette fois, d'aller à la fenêtre. Et il passe de longs moments à promener un doigt rêveur sur son paysage d'encre et de papier. En voici une dont il retrouve, rien qu'en fermant les yeux, le charme des trottoirs, des passages ou des commerces. En voilà une autre où il sait qu'en s'attardant il risque de voir surgir, en grand équipage et tilbury, l'une de ces belles qu'avec le cher Guys ils suivaient jusque chez elles. Il refait ses itinéraires favoris. En improvise d'inédits. Débaptise les quartiers qu'il connaît trop. Visite ceux qu'il connaît mal. En découvre qu'il soupçonnait, mais où il n'était jamais allé. S'invente ici une retraite, là un hôtel mirifique où il serait si bien. Il revoit une maison, une enseigne, et ne sait plus dans quelle rue il les a vues. Il les place. Les déplace. Il les transporterait, s'il le fallait, d'un bout à l'autre de son plan. Le médecin lui a bien recommandé de marcher? Eh bien pour marcher, il marche. Il marche même comme un damné.
Et puis il pense à lui, enfin. A sa vie. A son destin. Il pense à ce qu'il a été. A ce qu'il aurait pu être. A ce qu'il devait être et qu'il n'aura plus le temps de devenir. Il pense à Bruxelles. A Paris. Une fois de plus, il se demande ce qu'il fait ici, dans cette ville odieuse, quand c'est là-bas, Poulet l'a dit, que se jouent sa gloire, sa fortune. Une fois de plus, il essaie de retrouver les images qui, l'autre jour, sur le quai de la gare, l'ont si mystérieusement détourné de son projet de retour en France. Les heures passent, mais il ne voit pas. C'est toujours le même brouillard, la même incompréhensible confusion. Il sent un étau, simplement. Un piège qui s'est resserré. Il sent une nasse, ficelée par tous les bouts, sous l'effet d'il ne sait quel maléfice. Est-ce ainsi qu'il va finir? Dans ce cul-de-sac invraisemblable? Quelque chose lui dit que ce train qu'il n'a pas pris était en effet sa dernière chance. Et que s'il n'est pas parti ce matin-là, alors que tout l'y disposait, qu'il avait mis en ordre ses affaires, fait ses adieux, payé ses dettes, alors qu'il le voulait surtout, qu'il le désirait de toute son âme, c'est qu'une force s'y opposait et s'y opposera sans doute encore. Enigme de cette force. Noire magie de cette énigme. Et s'il n'était venu à Bruxelles que pour y disparaître - et mourir?